Dans la grande forêt, je vivais
De presque rien
Les Blanches-Peaux régnaient au loin
Sur le « mien » et le « tien »
De ce qui n’était qu’à Dieu
Ont fait le « leur »
La forêt, l’ont mise à feu
Sali les fleurs
Les huttes, les ont brisées
Tranchés les arbres
La jungle, l’ont dévastée
A coups de sabres
Les tombes, les ont pillées
En quête d’or
De l’or, n’en ont point trouvé
Ont piétiné les morts
La médecine, l’ont extorquée
Aux vieux chamanes
Chez eux, la font cher payer
Sans états d’âmes
Les prêtres, les ont massacrés
En tête de liste
Dérobés les objets sacrés
Pour les pièges à touristes
Les dieux, les ont jetés bas
Et remplacés
Par un frère cloué sur une croix
Martyrisé
Nos ancêtres, les ont traînés
En esclavage
Et nos parents, les ont parqués
Dans des enclaves
Ont dénaturé notre sang
A flots d’alcool
Et les esprits de nos enfants
Dans leurs « écoles »
Sont venus apporter la « sagesse »
La « civilisation »
Ne nous ont laissé que tristesse,
Honte, mal, terreur du bâton
Sont venus nous prêcher l’amour
De nos semblables
Nous ont jurés vils bestiaux sur
Leur sainte Bible
Sont venus nous apprendre « vertu »,
« Dignité », « foi »,
Ont violenté nos femmes nues
De leur bon droit
Ces jours encore, nous exterminent
Saisissent nos terres,
Font crever nos petits dans les mines
Et ceux des bêtes dans l’air et les rivières
Se disent supérieurs au singe
Que chez nous l’on mange
Mais ne trouve chez eux plus de sages
Qu’eux chez nous d’anges
Pourtant nos chefs ont accordé
L’entier pardon
De tout le mal que nous ont fait
Ces frères si bons
Si leur dieu est si omniscient
Et justicier
Qu’ils l’affirment, il saura justement
Nous évaluer
Qu’il sonde de ses enfants
Les actes, ou bien les cœurs
Des nôtres, il verra forcément
La vraie valeur
Et si en son Paradis
Les hommes sont d'une seule couleur
Je lui préfère la terre d’ici,
Et notre ciel au leur.
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Paroles de promeneurs