Lundi 3 mars 2008



« Tu prends la première à droite,

(Me conseille le premier), c’te p’tite rouelle étroite.

Elle passe par les cités, c’est un peu débraulé,

Mais c’est un raccourci, t’éviteras une chaurée.»

En effet, la ruelle ne paye pas de mine

Bien des gueules noires, autrefois, ont dû y crier famine…

 

« Si tu prends la première à gauche,

Prends garde qu’une bagnole ne te fauche,

(M’avertit le second). Y roulent comme des frâlés

L’ sam’di soir, quand y vont rahouer et cheûler ;

La route va déraper, chlinguer, trisser,

Avec c’te pluie, t’arriveras  toute machurée !

 

- Et même si, sapré Dieu, sans une beûgne tu t’en tires

(Renchérit, rassurant, le troisième), reste pas là à ressépir !

Crois-nous, on n’est pas des chiffes molles,

Mais suivre la nationale, bon sang, faudrait êt’ folle !

 

- Et si je prends tout droit ?

- Traverseras, ma foi, une campagne fort belle :

Vaches, grands prés fleuris, vergers de mirabelles

(M’informe le quatrième) ;  et si t’as une beugnate,

Pourras t’en rapporter bonne provision dans tes pénates.

 

- Attention, au passage, à la maison de la zozotte,

(M’avertit la cinquième) : elle débloque, elle yoyotte !

Si jamais elle t’arrête pour tailler une bavette

Tu te rendras vite compte qu’elle n’a plus toute sa tête.

- Bigre ! Et cette dame… est-elle dangereuse ?

- Que non, pardi ! Et pas du tout nareuse :

Elle traîne toute la journée en fichu et en chlappes

Mange parfois ses cnèpes sans plat, à même la nappe

Passe son temps à gauiller et à crafouiller

Mais est toujours ravie de pouvoir quarroyer.

Pour peu que tu la combles d’une bonne parlotte

Elle te fera goûter sa gnôle de bergamote

Essaye-la sans chigner, vas-y, elle est fameuse

Et la brave plem-plem en sera tout heureuse !

- Et où  se loge, dites-moi, tant de simplicité franche ?

- Facile à reconnaître : sa maison n’a même pas de clenche !... »

 

Je commençais à me demander

Dans quel trou reculé je m’étais fourvoyée

Et, bien que peu sujette aux affres de la trouille

Si j’arriverais entière à cette lorraine chouille

A laquelle, dans un élan d’ivresse inconsidéré

Je m’étais si étourdiment laissé inviter…

 

Passant devant le gîte de la « zozotte évaltonnée »,

Elle accourt, en effet, me hèle pour me proposer

Non pas un verre de gnôle, mais une part de quiche…

«  Excusez, mademoiselle, la pâte est un peu fiâche,

Mais je n’y suis pour rien, c’est mon four qui me lâche !

- Non, merci madame, vraiment, c’est très gentil à vous… »

(Je préfère, plutôt… prendre mes jambes à mon cou !)

 

Arrivée au carrefour… trou de mémoire, tête vide !

Emberlificotée dans les instructions de mes différents guides

Je ne sais plus où je vais, d’où je viens, où aller… ouille !

Cette fois, c’est assuré, je n’atteindrai jamais cette chouille.

 

Qu’importe !... Je m’en retourne, des mots nouveaux plein ma besace

(Euh… C’est par où déjà ? Je me sens un peu schlass…)

Au diable les consignes, les  guides, les itinéraires,

Suis-je en train d’aller en avant, en rond, en arrière ?...

 

Si je n’ai pas choisi le chemin le plus court

Ni le plus logique, ni le plus direct, ni le plus droit,

J’ai suivi, ma foi, mon petit bonhomme de chemin à moi

Tout ce que j’ai appris, rencontré, vu, en valait le détour…

 

Aussi, dorénavant, je ne suivrai plus que mon cœur

Encore une fois, je le constate, cette voie est la meilleure !

  

 

 

 

undefinedTexte écrit d'après une consigne de "La petite fabrique d'écriture" , et aussi en réponse à une demande de mon ami de Lorraine, Marc, qui m'avait passé commande d'un  "billet lorrain". Vous pourrez retrouver le texte sur ces deux blogs.

 

 

 

Petit lexique complémentaire à l’usage des non-autochtones :

 

 

Bergamote : spécialité lorraine (moins connue que la quiche !)

Beugnate : récipient, gamelle

Beûgne : bosse

Chaurée : suée

Cheûler : boire, s’aviner

Chiffe molle : poule mouillée

Chigner : pleurnicher

Chlappes : pantoufles, savates

Chlinguer : puer

Chouille : fête (en général bien arrosée)

Clenche : poignée de porte

Cnèpes : plat à base de boules de pâtes et de croûtons revenus au beurre

Crafouiller, gauiller : s’affairer, s’occuper à de menues tâches

Débraulé : défait, écroulé

Evaltonné : étourdi, fantasque

Fiâche : ramolli (qui se débraule !)

Frâlé : fou

Gueule noire : mineur de fond

Machuré : sale, maculé

Nareuse : maniaque

Plem-plem : simple d’esprit

Quarroyer : commérer, papoter

Rahouer : draguer

Ressepir : rassir, sécher

Sapré : sacré

Schlass : fatigué, épuisé

Tailler une bavette : discuter

Trisser : éclabousser

Yoyotter : perdre la tête

Zozotte : fofolle

undefined

Je ne sais pas si après ce récit, vous aurez franchement envie de visiter la riante contrée 
dont je suis originaire... mais j'espère qu'en tout cas, vous aurez bien ri ! 
Je dédie ce texte à mes grands-parents et et à mes arrière-grands-parents paternels, 
sans qui ce joyeux héritage ne serait pas arrivé jusqu'à moi... ni jusqu'à vous !



par Ptitsa publié dans : Graines de cactus et d'épineux (aïe!) communauté : Ecriture Ludique
ajouter un commentaire commentaires (13)    recommander

Bienvenue au jardin

Ce mois-ci, dans la serre

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Flâneurs passés ici

Paroles de promeneurs

Invitation

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Gay sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus