La création des hommes blancs, noirs, rouges et jaunes
(conte africain)
Autrefois, une grosse calebasse avala les hommes du monde entier, sauf une femme en état de grossesse qui s'était cachée. Elle se réfugia dans
la brousse et y vécut seule sans aide d'aucune sorte.
Un jour, elle accoucha de deux garçons jumeaux. L'un se nomma " Théhé" qui signifie "un fameux guerrier", l'autre eut pour nom "Oulaïne Gnon Soa" qui veut dire : "soldat de
Dieu".
Ces enfants naquirent armés de lances, arcs, flèches et couteaux de
guerre. Ils grandirent aux côtés de leur mère. Parvenus à l'âge d'homme, ils étaient devenus tous deux d'habiles chasseurs, tuant les éléphants, les panthères, mais surtout les animaux
cruels.
Un jour, leur mère leur dit :
" La calebasse a avalé votre père, votre grand-père, votre grand-mère, tous vos ancêtres et tous vos frères et sœurs."
Les enfants furent vivement émus en entendant ces paroles. Ils demandèrent :
" Maman, où se trouve cette diable de calebasse ?"
La mère eut peur de la leur montrer, car elle était dangereuse, ayant déjà avalé ses parents, son mari et tous les hommes du monde. Si elle parvenait encore à avaler ces derniers pauvres enfants,
la mère resterait seule, malheureuse et remplie de chagrin...
" Ne craignez rien, Maman, lui dirent les jumeaux. Montrez-nous où se trouve la cruelle calebasse pour que nous allions la combattre."
Le lendemain, à l'aube, ils s'armèrent de lances, arcs, flèches et couteaux de guerre, puis partirent vers l'endroit désigné. De loin, ils entendaient les cris de la
calebasse au milieu de la forêt : " Toaclignolé, a clignohooooo !..." (Ce qui signifie : "C'est moi, l'énorme calebasse qui ai avalé les hommes du monde entier. Si j'en trouve d'autres
aujourd'hui, je les avalerai encore !" )
Les enfants se murmurèrent l'un à l'autre de marcher tout doucement. En approchant un peu, ils aperçurent l'énorme calebasse qui rugissait, roulant sur elle-même, montant et
descendant une côte. Ils se firent des signes. Immédiatement, l'un passa du côté où elle descendait, l'autre de celui où elle montait. La calebasse, entre eux, répétait ses menaces. L'un des
enfants, un genou en terre, en position de guerre, envoya sa flèche. Peffiiiiiiiiiiiiiiiiiih! Elle pénétra en plein cœur de la calebasse qui roula de l'autre côté, où le second enfant
l'attendait. D'un coup de lance, il la fendit en deux.
La calebasse s'ouvrit : les hommes y étaient superposés sur quatre couches, comme les rayons de cire dans une ruche. Sur le premier rayon étaient les corps blancs, c'est-à-dire les
Européens ; sur le second, les corps jaunes, c'est-à-dire les Asiatiques ; sur le troisième, les corps rouges, c'est-à-dire les Indiens d'Amérique; sur le quatrième, les Noirs
d'Afrique.
Après leur délivrance, les hommes repartirent chacun dans leur pays.
C'est grâce aux deux jumeaux que des races de différentes couleurs vivent aujourd'hui sur Terre.
Paroles de promeneurs